HOMMAGE


SOUTHERN & ROCKING MUSIC

TONY MARLOW DECEMBRE 1994.

HOMMAGE A L’UN DES TOUT PREMIERS CHANTEURS DE ROCK «REVIVAL » EN FRANCE.

J’ai appris une nouvelle très triste la semaine dernière: Victor Leed, 44 ans , est mort à la suite d’une longue maladie.

L’une des plus belles voix qui avait rock’n’rollé en France pendant presque 20 ans, ne chantera plus jamais.

Peiné par cette nouvelle, je plonge dans mes souvenirs et je me rappelle que Victor Leed a été l’un des premiers « cats » que j’ai rencontré à mon arrivée à Paris, il y a 18 ans.

C’est en 1976 , au fan club parisien d’Elvis Presley « Treat Me Nice » encore actif en France, que j’ai rencontré Victor. Jeune batteur cherchant un groupe de rock’n’roll, lors d’une réunion du fan club, je vois chanter Victor parmi tous les imitateurs d’Elvis. Il connaissait toutes les chansons, tous les films, toutes les poses et les mouvements du King et je me revois penser : «  this cat is too much » !

Après le show , je rencontre Victor et nous décidons de monter un groupe ensemble.

Victor m’a raconté sa jeunesse agitée dans le Paris des années 60, avec toutes les bandes de rockers, découvrant Elvis dans « King Creole » à l’âge de 10 ans ! Immédiatement, son désir de chanter du rock ‘n’roll comme le King s’est emparé de lui et ne l’a jamais quitté.

En 1976, en France, il est vraiment difficile de trouver des musiciens de rock’n’roll avec un bon son et un bon feeling .Après quelques mois de répétitions et un concert mémorable qui a fini en une grande bataille rangée entre des bandes de rockers, notre groupe s’est séparé.

Quelques mois plus tard je monte les Rockin’Rebels mais je reste en contact avec Victor et continue à le voir de temps à autre.

En 1979, il obtient un engagement régulier dans un petit cabaret-restaurant  « Chez Félix ».

C’est là, avec un trio , qu’il commence à travailler sa voix et son look dans un style 50 très authentique. Les temps ont changé et de nombreux adeptes de rock’n’roll et plein de nouveaux groupes voient le jour en France.

C’est à ce moment que  Ding Dong , fameux collectionneur français, rencontre Victor et devient son mentor, lui apprenant comment transformer son image et attitude en un vrai rocker « cat » 50, lui faisant écouter des centaines de nouveaux titres afin d’affiner ses goûts musicaux.

Le mouvement 50 débute en France avec des gangs comme les « Wild Rockin’cats », les « Del Vickings » , les « Fifties Yanks » etc…et Victor devient le premier chanteur Français dans ce style.

Le 29 Novembre 1979 il fait une courte apparition avec grand succès sur la scène du « Palace » aux côtés de Warren Smith et Billy Lee Riley .

En 1979 Jacky Chalard démarre le label « Big Beat » , le premier label rock’n’roll & rockabilly français, avec une distribution nationale et Victor devient l’un des premiers

artistes du label avec The Alligators, Chris Evans, Jezebel Rock et Vince Taylor.

En Avril 1980, Big Beat sort un album 25cms de Victor Leed intitulé «  Thanks Rock’n’Roll » ( Big Beat 805) . Il a tout : 10 chansons perso écrites dans l’esprit des

Sessions Sun d’Elvis. La voix de Victor est claire, belle façon Elvis jeune, mais

N’EST PAS une imitation et l’accompagnement instrumental est exceptionnellement brillant avec des musiciens de première classe comme le jazzman Freddie Legendre, à la « double bass »(contrebasse) et le « superpicker » (top guitariste) Patrick Lozach.

C’est la première fois en Europe je pense ( avec les premiers disques Blue Cats),

qu’on peut entendre une slappin’ bass sur un disque rockabilly. Tout dans cet album

sonne vraiment authentique et quand je le ré-écoute au bout de tant d’années, la magie

de chansons comme « But In Your Eyes », « She Don’t Care” , “Don’t Be Looking For Trouble” reste intacte , tandis que des ballades comme “Shy” et “Jenny” trônent parmi les plus belles enregistrées par un artiste post «  fifties ».

Victor Leed devient vite très populaire en France : prestations télévision nationale et diffusion grandes radios.

Le 25 Mai 1980, a lieu le premier festival français rockabilly dans le sud de la France, à Toulouse, avec Chris Evans, Jerry Dixie, The Alligators, The Rockin’ Rebels, Jezebel Rock, Victor Leed et Vince Taylor , en plein air, devant des milliers de spectateurs. J’avais déjà vu Victor sur scène des douzaines de fois mais ce fut pour moi son meilleur concert. Il est apparu sur scène au coucher du soleil et le public a été pris par une sorte d’enchantement lorsque sa voix magnifique s’est élévée en écho dans le ciel noir. Il a chanté les chansons de son album « Thanks Rock’n’Roll » et, bien-sûr, toutes les sessions Sun d’Elvis, avec la seule contrebasse de tout le festival ! Le son fut rarement aussi bon et sa performance un vrai « must ».

Je garderai toujours cette image de Victor– sous les étoiles d’une chaude nuit d’été.

Quelques jours plus tard , les mêmes artistes firent un show à Paris au prestigieux théâtre de   «L’ Olympia ».

Le 12 octobre 1980, Victor Leed chante avec Carl Mann et Carl Perkins au « Ding Dong Rockabilly Show » au « Bataclan » à Paris . Ca a été l’une des meilleures soirées jamais organisée à Paris ( malgré quelques émeutes, des guerres de bandes et bagarres avec la  «  maison poulaga » devant le Bataclan, après le concert !).

Peu après l’album Big Beat 805 , sort l’unique 45Tours de Victor : une version française

de « Mary Mary » , le tube de Blasters/Shakin’ Stevens, avec l’espoir d’un succès en France , en vain.

Dès lors, Victor est programmé dans tous les concerts  «  Big Beat » , partageant l’affiche avec Sonny Fisher, Gene Summers et Eddie Fontaine le 11 Avril 1981, à la « Mutualité »

à Paris, les 13 et 14 juin 1981 avec Billy Hancock, Tex Rubinowitz, Jack Scott et The Memphis Rockabilly Band ,entre autres, au Festival « Porte de Pantin » (Paris).

A cette époque, Victor est vraiment l’une des personnalités « évènementielles » et « tendance » à Paris. Il fait des publicités (ex : « Perrier les Rockers » Jacques Deray) , apparaît au cinéma (ex : « Une Jeunesse » Moshe Misraï avec Charles Aznavour, Jacques Ductronc).

Il chante dans les plus grandes soirées « showbusiness » et « moviebusiness » , les grands magazines français publient des photos et des articles de Victor.

Le 3 Juillet 1982, Victor se produit au cours de La Nuit Rockabilly à L’Olympia avec

The Southerners, Teencats et Rockin’Rebels. A cette occasion , The Rockin’Rebels l’accompagnent , avant de jouer eux-mêmes. L’Olympia affiche complet avec seulement 4 groupes français et 2 milles spectateurs font une belle ovation aux artistes. Cet événement montre la grande popularité du rockabilly pendant cette période.

A plusieurs occasions, les Rockin’ Rebels accompagnent Victor Leed sur scène et

Je dois dire que cela a toujours été un plaisir pour moi de me mettre à la batterie derrière lui, en souvenir du bon vieux temps au fan club « Treat Me Nice ».

Puis, petit à petit, la vague rockabilly se fait plus discrète, les groupes se séparent les uns après les autres, le label « Big Beat » cesse ses activités et, au milieu des années 80 Victor suspend ses projets musicaux- chantant occasionnellement.

Des soucis personnels poussent Victor à quitter la scène rock et, quand je le revois,

Il me parle de ses projets swing/jazz et enregistre début 89 une démo d’ « Hello Baby Madmoiselle », un standard français des années 40 avec-entre autres- un guitariste de jazz style Django Reinhart.

Victor fait parfois de courtes apparitions aux soirées 1940 de la « Guinguette » à Champigny, où il chante lors de « jam sessions » avec divers musiciens.

C’est là, que, pour la dernière fois, j’ai accompagné Victor à la batterie, après une session de « Tony Marlow Blue Five ».

Et puis cette terrible nouvelle qui attriste beaucoup de monde et me décide à rendre cet hommage .

J’espère que cet article aidera plein de fans à garder en mémoire le nom de Victor Leed ou donnera envie à de nouvelles générations de le découvrir.

Si, par chance, vous tombez sur son album « Thanks Rock’n’Roll », achetez-le-vous ne serez pas déçu.

ne serez pas déçus !*

« Continue de rock’n’roller dans les étoiles Victor, jamais nous ne t’oublierons. »

Tony Marlow

*A dénicher : le double album compilation « French Rockabilly :Dactylo Rock » (Big Beat/ Emi Pathe Marconi) sorti en 1988 , incluant 2 titres de Victor, dont « Marie Marie ».